lundi 31 mars 2025

 


                             L'article 312 du code pénal (*)


 Avant d'être élu en novembre dernier, Trump avait annoncé la couleur: soit vous chantez, soit je vous massacre.

Pour cet homme délicat qui doit croire que Saint-Saens est un des douze apôtres, chanter veut dire payer; le dollar est sa seule valeur.

Peut-être d'ailleurs, massacrera-t-il finalement moins qu'annoncé, pour la double raison que les boomerangs reviennent toujours là d'où ils sont partis et que les marchés semblent ne pas aimer les dégâts que les boomerangs feront en revenant. 

Peut-être ne veulent-ils tout simplement pas être comme le cocu de la fable: battus et contents. 

Il est un peu tôt, nous verrons bien. 

Il y a peu, m'est revenue l'affaire BNPParibas, c'était en 2015.

Puis j'ai lu, la semaine passée,  un livre particulièrement éclairant,  écrit par plusieurs praticiens du droit, connaissant remarquablement la pratique américaine. Cet ouvrage a été réalisé avec la participation et sous la direction d'Antoine Garapon ancien magistrat et de Pierre Servan-Schreiber, avocat aux barreaux de Paris et New-York.

Il a été publié en 2013 aux PUF (collection Quadrige) et s'appelle:

Deals de justice

Le marché américain de l'obéissance mondialisée.

Pour dire vrai j'ai été captivé, moi qui pourtant ne suis pas un spécialiste. 

Le sujet traité est en deux mots le suivant:

Quand l'administration américaine - entendez le gouvernement-apprend - quelle que soit la source, fut-elle simplement journalistique-  qu'une entreprise aurait contrevenu à un texte de loi, à un règlement d'une autorité de contrôle - la SEC ( notre Autorité des Marchés Financiers (AMF) par exemple- ou  à une décision d'embargo prise par le président américain, elle prend contact avec ladite entreprise et lui tient en gros ce langage:

Soit vous coopérez soit, nous prendrons des mesures contre vous qui vous feront terriblement mal.

Pour cela, point n'est besoin que le siège du groupe ou de l'entreprise soit aux USA. Point n'est besoin non plus qu'il y ait une filiale ou même une usine aux USA. Il suffit par exemple que le groupe ou l'entreprise utilise le dollar pour le règlement de ses transactions commerciales ou financières. N'importe où dans le monde.

L'administration US impose à l'entreprise de payer l'enquête interne qu'elle impose, et de se faire contrôler à ses frais par un "monitor" ayant son agrément.  Enfin, elle fixe l'amende. 

Ici, l'administration américaine est donc à la fois:

- Le policier qui enquête, à ceci près que c'est avec les moyens de l'entreprise.

- Le juge d'instruction qui instruit, à ceci près que c'est toujours avec les moyens de l'entreprise.

- Le président du tribunal qui prononce la sanction.


En France, cela pourrait relever, me semble-t-il, de l'article 312-1 du Code pénal qui dispose:

L'extorsion est le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque.

L'extorsion est punie de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende.

BNPParibas à dû accepter de payer 8,9 milliards de dollars de l'époque - oui, vous avez bien lu-  pour avoir enfreint les embargos prononcés par un président américain contre l'Iran, Cuba, la Libye et le Soudan. Embargos levés au moment de la sanction.

Voila ce qu'on peut imaginer que les services du procureur ont dit aux dirigeants de BNPParibas:

À défaut d'accepter notre exigence -en d'autres termes si vous voulez aller devant un juge-  nous suspendrons votre licence jusqu'au jugement. Cela peut durer très longtemps. 

Au surplus, en cas de condamnation par le juge nous vous interdirons définitivement d'exercer directement ou indirectement toute activité sur le territoire américain.

C'était évidemment impensable pour la première banque de la Zone Euro.

En l'occurence, l'affaire a été entérinée c'est à dire homologuée - et non jugée-  par un tribunal. Ce n'est d'ailleurs pas une obligation.

Le sujet est évidemment plus compliqué que mon simple exposé.

J'entends ici simplement ici écrire que la culture de la force imposée et du chantage qui aboutit à extorquer - car c'est bien de cela qu'il s'agit-  n'a pas été inventée par Trump. Elle est dans la culture de "l'administration" des États-Unis.

L'affaire BNPParibas, de même que celles d'Alcatel, d'Alstom, de Technip, et de Total a eu lieu sous l'administration Obama. L'homme avait un beau sourire, il était intelligent et cultivé mais il savait être féroce.

L'accumulation d'informations  que les entreprises  étrangères visées sont contraintes de fournir, à leurs frais, et les "accords" qui finissent par être conclus, avec l'administration  sont incontestablement et consciemment des outils de pression à sa main pour affaiblir des entreprises concurrentes.

On m'objectera à raison que les entreprises américaines sont soumises aux mêmes menaces. Il se trouve que statistiquement, "un peu" moins.  Il se trouve aussi que les entreprises américaines sont américaines.

En tout état de cause, la doctrine est:

"Nos pas sont les vôtres.

Nos lois s'imposent à vous au-delà de nos frontières et vous n'avez pas le choix".

La technique de la pression et du chantage comme outil de l'extorsion n'est donc pas "trumpienne". 

Simplement Trump est une brute, qui n'a de scrupule qu'à l'endroit du seul être qu'il admire: lui-même.

Alors il fait comme les autres. Mais il élargit le spectre aux juges, aux avocats qui ont plaidé contre lui, aux journalistes qui le critiquent.

C'est comme cela que naissent les dictatures.

La première violation des principes fait toujours marcher de violation en violation.

 Lanjuinais Discours à l'Assemblée Nationale 17 janvier 1793.



(*) Référence respectueuse à Tanguy Viel et son très bel Article 353 du code pénal. (Editions de Minuit)


lundi 24 mars 2025

 



                                                            Oh la vache!


Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020 pour L'anomalie, suivi l'an passé du beau Le nom sur le mur - que j'ai évoqué ici le 20 mai 2024- a accepté une confrontation avec ChatGPT. 

Cette confrontation a été proposée par le Nouvel Obs.

Le devoir était le suivant: 

Deux phrases imposées:

Une phrase d'introduction:

"Il aperçut le corps sans vie de l'écrivain et soupira".

Une phrase de conclusion:

"Tout est pardonné, pensa-t-elle, avant de disparaître".

Entre les deux: fiction policière de 3000 signes.

Quand on lui présenta la copie de sa rivale Le Tellier se serait exclamé:

"Oh la vache! C'est bluffant".

A vrai dire, lisant les deux textes, la machine a encore beaucoup de progrès à faire. 

Pourtant, le béotien que je suis a peur.

Peur pour les écrivains, peur pour les maisons d'édition, peur pour les librairies,  peur des dérives que les outils de l'Intelligence Artificielle (IA) vont à coup sur provoquer entre les mains des fous. Parce que, comme aurait dit La Palice, les dérives dérivent.

Restent pour moi, un espoir et une conviction.

L'espoir est que les maisons d'édition seront heureusement contraintes d'être plus attentives à leurs auteurs et de ne pas laisser passer les coquilles ou incongruités des textes originaux ou traduits  que nous lisons malheureusement de plus en plus. Car l'IA, elle, ne les fera pas.

Ainsi:

- Ce magnifique silence des nuits d'hiver aurait dû boucher les rues

- Juste avant d'arriver au village, une voiture nous dépassa en sens inverse.

- En regardant le ciel chargé par le pare-brise  Au lieu de:  En regardant par le pare-brise le ciel chargé

- Ses muscles craquaient.

- Il fut aveuglé par l'obscurité de la cave.

Etc. etc.

Ces quelques citations sont extraites de bons, voire de très bons livres que volontairement je ne nomme pas.  

Les écrivains et, quand ils font bien leur travail, les traducteurs,  ont la tête dans les manuscrits. Ils en sortent harassés. C'est aux éditeurs qu'il appartient d'être à leurs cotés et de les aider à corriger ce qui doit l'être. De faire leur métier, en quelque sorte.

Voilà pour l'espérance.


Plus important, j'en ai la conviction profonde, c'est que ChatGPT et ses consœurs ne pourront jamais reproduire ce qui est fruit des sueurs  de l'écrivain (e), qui rature, reprend, remplace une virgule par un point-virgule, tâtonne et tâtonne encore pour trouver l'adjectif qui convient, supprime un adverbe puis, n'étant pas satisfait, revient le lendemain et recommence la page. 

C'est ce travail là qui, poussé par le génie, l'inspiration et la volonté d'une vie, fait la beauté et la force d'un texte.


Tenez, dans le désordre:

Douze mois d'hiver, et le reste du temps, l'été.

Soljenitsyne: L' Archipel du goulag.


Et il connut ainsi que le guerre n'est pas bonne puisque vaincre un homme est aussi amer que d'en être vaincu.

Albert Camus: Le premier homme.


Voyez-vous, Meursault, toute la bassesse et la cruauté de notre civilisation se mesure à cet axiome stupide que les peuples heureux n'ont pas d'histoire.

Albert Camus: La mort heureuse


L'incertitude, c'est encore l'espérance.

Dumas:  Le comte de Monte Cristo


Entre l'Éminence et la Sainteté, il n'y a que la fumée d'un scrutin.

Victor Hugo: les Misérables 


La lumière des torches est comme la sagesse des lâches, elle éclaire mal parce qu'elle tremble.

Idem.


Toutes les guerres, depuis le déluge ont pour musique l'optimisme.

Tous les assassins voient la vie en rose, ça fait partie du métier.

Céline: Mea culpa.


La caissière dînait à sa caisse, comme toujours, avec son air faussement distingué de femme sur le retour qui a eu des malheurs.

Georges Simenon: La Marie du port


- Nous savions tous que c'était un pur. On sent la pureté lorsqu'on la rencontre. Ce garçon était un des nôtres. Mais il y avait l'étiquette.

- Alors ?

- Alors, nous l'avons fusillé.

Romain Gary: L'éducation européenne.


J'arrête là. 

Avec Gary on atteint à la sublimation du drame.

Voyez-vous, j'en suis convaincu, ChatGPT n'écrira jamais: "Mais il y avait l'étiquette" 

Parce que cela relève du génie.

Et cela, Musk, Bezos, Zuckerberg et tous les autres qui sont allés à la soupe n'y peuvent définitivement rien.




lundi 17 mars 2025

 


                                        

                        

                                    Le Béarnais et le mirliton.



L'homme était parti jeune et courait depuis Pau.

Il était cultivé, et très jeune visait haut.

Ainsi qu'un grand marcheur, au pied d'une montagne,

Rien ne lui faisait peur, il aimait la castagne.

Conseiller général, puis député et maire,

Sous Chirac il entra dans un grand ministère.

L'agrégé qu'il était, fut nommé à Grenelle.

"Matignon n'est pas loin, trois minutes suffisent, 

Je suis un bon marcheur et j'ai de bonnes semelles.

Grenelle n'est qu'une étape , il faut qu'ils se le disent."

 Regardant vers le haut, il vit moins les obstacles,

Bien que le voulant point,  se donna en spectacle.

Ainsi trébucha-t-il sur un très gros caillou, 

Célèbre au demeurant qui s'appelait Falloux.

La rue fut pleine de monde qui criait "au vandale !",

Le Béarnais défait, dut retirer sa loi.

Les gens rentrèrent chez eux, ils étaient tout en joie.

Lui était convaincu qu'il n'avait pas fait mal.

Construire un grand destin fait casser quelques oeufs,

Il faut donc poursuivre, pourvu qu'on soit heureux.

C'est donc ce qu'il fit, avec quelque bonheur.

Prit la tête d'un parti, fut élu à Strasbourg,

C'était un bel endroit pour attendre son heure,

Et faire son grand retour.

Voulant  être Président, comme on l'a deviné,

Se présenta une fois et fit triste figure.

Moins de sept pour cent, n'est pas de bonne augure.

Pour tout autre que lui, c'eut pu être un linceul.

Il n'était pas fini, c'était un amuse-gueule.

L'homme a de la ressource, comme il est dit plus haut

Ne craint pas les campagnes et se voit en héros. 

Il repart à l'assaut quelques cinq ans plus tard

Et ma foi s'en tire bien mais c'est insuffisant.

Sarkozy est élu, il n'est pas président.

Puis vient deux mille dix-sept, il n'est n'est pas encore vieux,

Ne pouvant être roi, il soutient un jeune homme

Prévoyant qu'après lui et avec l'aide de Dieu

Il gagnera enfin, et sera sur l'Album.

Le jeune fait des bêtises et dissout l'Assemblée,

"C'est maintenant mon heure", se dit le Béarnais.

La censure aidant, 

Il trépigne, il exige et dit au Président:

"Tu me donnes Matignon sinon je prends le vent."

Et voilà qu'à la fin arrivant rue de Varenne.

Le Béarnais pense déjà à traverser la Seine.

Mais il n'est pas en forme, le temps a bien passé.

En fait, il a vieilli.

Comme tous ses compères il ne peut abdiquer

Il veut tôt la retraite pour tout autre que lui. 

Il se perd dans ses fiches, oublie les notes en marge.

Bafouille à l'Assemblée; on en mène pas large.

Un jour, il y a peu, tenant une conférence,

La presse était là, le sujet d'importance,

Entouré de ministres, il ne sait pas quoi dire.

Retailleau, le lui souffle, en gardant son sourire.

Il cherche son verre d'eau, la parole donne soif.

Il ne le trouve pas, il  n'y a point de carafe.

Madame Borne lui montre, le verre est devant lui,

Il y boit soulagé, oublie de dire "merci".

 

Mirliton passant là se prit à réfléchir:

N'y aurait-il pas ici une ou deux choses à dire.

Ne pas se prendre surtout pour le Roi de la fable,

Simplement raisonner en tâchant d'être aimable.

Et ainsi qu'il le dit, se saisit d'une plume,

Ecrivit appliqué quelques mot sur l'enclume:

" Quand,  à vouloir le ciel on a tout sacrifié,

Qu'on arrive épuisé au bas de l'escalier, 

Tout sage se retourne, avisant son passé

Se dit "Par ma foi, tout bien considéré,

Le parcours est fini.

Il est temps de rentrer,  le pouvoir est parti.

Ce n'est point un malheur,

Que d'arrêter à temps et garder son honneur."




 






 

lundi 10 mars 2025

 




                                    Cher Joseph,


Votre père m'a dit que vous aimeriez me voir écrire un Croque-notes un peu optimiste.

C'est un devoir bien compliqué que vous me demandez là. Mais je m'y colle volontiers parce qu'au fond, vous avez raison.

 Il y a quelques motifs, en effet, de voir un coin de ciel bleu au milieu de tant de nuages noirs.

Tenez Joseph:

Starship , la fusée de Musk, explose en vol pour la deuxième fois. Tant pis pour Musk, tant mieux pour nous !

Les ventes de Tesla, la marque de voitures crée par  Musk- s'effondrent:  - 45% en Europe, dont -71% en Allemagne. 

Le cours de l'action Tesla a chuté en un mois de plus de 30%. Tant pis pour Musk, tant mieux pour nous !

Rubio, le secrétaire d'État, accusé par Musk de ne pas virer assez de gens,  accuse à son tour Musk de dire et faire n'importe quoi. S'ils l'avaient pu,  les gifles auraient volé,  dit-on. Tant pis pour Trump, tant mieux pour nous !

Plus important sans doute:

  Confrontés à la peur de leurs électeurs  qui commencent à manifester contre les mesures prises sous l'inspiration de Musk, des élus républicains de plus en plus nombreux tant au Sénat qu'à la Chambre des représentants se rebiffent.  Tant pis pour Trump, tant mieux pour nous !

Tout ce qui affaiblit Musk renforce la démocratie.

Tout ce qui affaiblit Musk affaiblira Trump, espérons-le et renforcera la démocratie, la paix et la prospérité du monde. 

Voilà pour ce côté de l'Atlantique.


De notre côté, Cher Joseph, l'Europe bouge enfin. C'est un soulagement. 

Peut-être prend-elle conscience avec Chateaubriand - il est grand temps-  que "l'histoire n'est qu'une répétition des même faits appliqués à des hommes et à des temps divers" et que dépendre du gaz russe ou du parapluie américain ne sert rien d'autre que l'affaiblissement. 

Le 10 novembre 1959 au cours d'une de ses conférence de presse - qu'à la maison mon père, interdisant tout rendez-vous, regardait avec dévotion- ,  le général de Gaulle qui avait vécu Yalta et possédait une  considérable culture historique, avait dit pour justifier le refus de la France de participer à l'OTAN et sa volonté de doter le pays de l'arme nucléaire,  de son refus donc de se mettre sous la protection des Américains:

"Qui peut dire si, dans l'avenir.... les deux puissances qui auraient le monopole des armes nucléaires ne s'entendraient pas pour partager le monde."

Même si depuis il faut ajouter la Chine, nous y sommes !

La venue d'un nouveau chancelier allemand, manifestement déterminé, est une très bonne chose. Rien ne peut se faire avec une Allemagne égoïste et timorée. 

Le long règne d'Angela Merkel surtout, puis, dans une mesure moindre,  le gouvernement d'un Olaf Scholz peureux et chafouin, ont beaucoup coûté à l'Europe. 

Puisse Monsieur Merz composer rapidement une majorité cohérente et avec nous, la Grande Bretagne et d'autres, passer à l'action. 

Le président Macron que je critique souvent est aujourd'hui à la hauteur de sa fonction me semble-t-il. Il faut reconnaître que depuis des années il exhorte les pays de l'Union à agir et construire ensemble une défense commune. 

Mais ses démarches solitaires et son attitude trop souvent arrogante,  ajoutées à la pusillanimité de beaucoup de nos partenaires l'ont fait discourir dans le désert. 

Gageons que face à l'urgence, cela changera.

Voilà, Cher Joseph. Il y a des motifs d'espérer. Tout dépendra des hommes.

Andrzej Zamoyski grand chancelier de Pologne avait écrit à propos de Bonaparte:

"Il en était passé à la notion que l'homme est une créature rationnelle  guidée par ses intérêts, mais susceptible d'être inspirée par des idéaux".

C'est ce qu'on souhaite à nos dirigeants et à la jeunesse d'aujourd'hui - à vous donc -  de qui, au fond, tout finira par dépendre. 

Et en laquelle j'ai confiance. 











 










lundi 3 mars 2025

 



                                    LES HYÈNES


Dans le bureau ovale, Volodymyr Zelensky est assis. Droit, pantalon et pull-ras-du-coup marron.

Comme le veut la coutume  - pour un temps encore ?- il est assis dans un des deux fauteuils qui font dos à la cheminée; celui de gauche.

 Dans l'autre, les coudes sur les cuisses,  la mèche laquée faisant visière, la cravate pendante, le chef des hyènes, celui qui fait office de président des États-Unis d'Amérique.

Vautré dans un canapé perpendiculaire à la cheminée, Vance, ou Vice comme vous voudrez, le sous-chef.

Le guet-apens était près. On fait semblant, on est sympathique et puis d'un coup, on retrousse les babines, on montre ses vilaines dents, on  se déchaine, on parle fort, on interrompt et on insulte. 

D'ici, malgré les vents contraires, on sentait leur haleine puante. 

Elles voulaient humilier avant de dévorer et ne s'en cachaient pas.

- Vous nous manquez de respect!

- Vous n'avez pas les cartes! 

-  Soit vous concluez l'accord que je veux (sur les terres rares que le chef veut s'approprier) soit nous vous laissons tomber.


Volodymyr est digne, il résiste, 

Au sous-chef des hyènes:

- "Avez-vous été en Ukraine?

 Savez-vous ce que nous rencontrons ?"

La hyène:

 - Une fois . Mais j'ai regardé des infos.

On est consternés. Mais le pire arrive.

Le pire ?

"N'oublie pas que le pire peut toujours empirer".

Mike Herron: La maison des tocards

La preuve:

Le chef des hyènes:

"Vous n'êtes pas en position de dire quoi que ce soit"

En d'autres termes: "vous avez été envahis, vous n'avez pas de dollars, alors, fermez-la !"

Un journaliste complice des hyènes dit à Volodimir:

"Vous venez dans le bureau ovale et ne portez ni costume ni cravate"

Volodymyr:

"Je porterai un costume quand mon pays sera en paix. Mon costume sera peut-être plus élégant que le vôtre et sans doute moins cher"

Le chef des hyènes arrête le spectacle et dit à la manière d'un réalisateur de show :

" Je pense que nous en avons vu assez. Ça va être de la grande télévision.".


À Moscou, on fait la fête.























lundi 24 février 2025

                                                 



                                            Montesquieu est sous Prozac.


À Washington, une brute qui a des dollars à la place du coeur, prend en otage la démocratie des États-Unis, commence à attaquer la presse "dissidente", menace les juges, sert ses amis qui se goinfrent et, n'en doutez pas, tentera d'asservir la constitution, c'est à dire de la modifier à son profit. Il aura pour ce faire l'appui de la Cour suprême qu'il a mise à sa botte.  

Seule compte, pour lui, la domination au prix du reniement de ce qui a fait la grandeur de son pays.   

Très près de chez nous, en Hongrie, pays pourtant tellement meurtri par la dictature , le premier-ministre Orban, chantre de la "démocratie illibérale" - qui n'est autre que la démocratie capturée- musèle la presse,  asservit les juges, enrichit sa famille et ses amis (Voir "A dinasztia" (The Dynasty ) sur YouTube.)


En Italie; Madame Meloni est maintenant suffisamment installée pour se dévoiler enfin.

 Jouant Trump contre l'Europe, elle fait pression sur les journalistes en multipliant les plaintes pour diffamation. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, on dénombre trois fois et demie plus d'incidents et de plaintes que sur la période allant de la fin de la deuxième guerre mondiale à son arrivée au Palais Chigi. 

Parallèlement elle commence à déployer ses efforts pour assoir son contrôle sur l'audiovisuel public. 

Son "ami Elon Musk"  (sic) à l'affût l'appuie. Il a les moyens. Il y a de l'argent à gagner. D'autres aussi en profiteront. 

Les régimes illibéraux, comme les dictatures dont ils sont les batards , sont toujours corrompus. Ils ont besoin d'argent.

Madame Meloni pense par ailleurs que les juges en s'opposant à certaines de ses décisions - en l'occurence, le transfert contre paiement d'immigrés dans des camps situés en Albanie-  remettent en cause sa politique migratoire. 

Chez les extrêmes, le rôle des juges est de faire respecter la loi quand, et seulement quand, leurs décisions leur conviennent.

Rappelez-vous en, si d'aventure...


 Montesquieu a écrit dans De l'esprit des lois:

"Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir". 

C'est précisément ce que ne veulent pas les trois que j'ai nommés, et d'autres, en forme électorale, qui trépignent , impatients de les rejoindre. 

Voyant ce que les démocraties deviennent et craignant pour la France, Montesquieu déprime. Il est désormais sous Prozac.


Quand la démocratie est faible, quand elle cesse d'être exemplaire, les extrêmes sentant l'odeur du sang se lèchent les babines et préparent l'assaut..

La proposition d'Emmanuel Macron de nommer Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel est évidemment  une faiblesse coupable  mais surtout une erreur et une faute.

Une erreur car les sujets qui sont soumis au Conseil sont devenus tellement nombreux et compliqués  en raison notamment de la Question Prioritaire de Constitutionnalité instaurée en 2009, qu'il eût mieux valu nommer à la présidence une personne à la fois éminente et juriste reconnue. 

Ce n'est pas faire injure à monsieur Ferrand que d'écrire qu'il n'est ni éminent, ni juriste. 

Une erreur, donc.

Mais pas seulement.

Ce qu'a fait à son profit monsieur Ferrand avec le patrimoine immobilier de la petite mutuelle dont il était directeur salarié, le disqualifie pour la magistrature  la plus haute dans l'ordre protocolaire, après le président de la République.

Que l'affaire fut prescrite quand elle a été soulevée n'y change rien.

Sa nomination fut une faute.

 Son élection une offense.

Ne me faites pas comparer ce qui n'est pas comparable, mais les démocraties faibles servent les aspirants dictateurs.

Il eût été bon, en cette circonstance que le président se remémore cette maxime du cardinal de Rohan:

" Quand on est prince, il faut se méfier et n'avoir point d'ami".











 




lundi 17 février 2025

 

                          C'est fou ce qu'on rigole tout de même"


Arte diffuse en 3 épisodes une série visible en replay,  dont le titre est:

                         "Oligarques: le gang de Poutine"

Elle raconte par le menu:

-  comment quelques hommes ont mis la main sur les richesses du pays (pétrole et gaz essentiellement) au moment de la Pérestroïka un peu et sous Eltsine, beaucoup. 

-  comment ils ont accaparé  le pouvoir avec la complicité de la fille d'un Eltsine alcoolisé et malade, puis démissionnaire.

-  comment, repérant un obscur chef du FSB paraissant timide et ne regardant jamais ses interlocuteurs en face,  ce timide  s'est retrouvé par un concours de circonstances poussé par les oligarques à la présidence de la Russie.

-  puis comment, finalement,  l'obscur fonctionnaire  devenu président les a mis,  de force plus que de gré,  à son service. Puis les a contrôlés et contraints de ne pas l'oublier dans la répartition des profits qu'ils lui doivent. 

C'était en l'an 2000, le nouveau siècle commençait. L'obscur fonctionnaire s'appelait Vladimir Poutine. 

Il est toujours là.

Vingt-cinq ans plus tard, nous avons donc face à nous

- Un dictateur "très possiblement mafieux" à la tête de la Russie.

- Un apprenti- dictateur "très possiblement corrompu" (cf. le film The apprentice) qui, notamment, menace les juges, gracie ceux qui ont attaqué le Capitole, et se retrouvant à la tête d'un pays surpuissant  qui était notre allié,   veut en faire notre adversaire.

Ces deux-là, se cachent derrière des idées prétendues. 

L'un la lutte contre l'occident et la restauration de la Grande Russie. 

L'autre derrière un salmigondis de théologie libertarienne et de néo-libéralisme.

"L'idéologie c'est elle qui apporte la justification recherchée à la scélératesse; la longue fermeté nécessaire aux scélérats"

Soljenitsyne: L'archipel du goulag.

Ce sont bien des scélérats que ces deux-là,  qui, comme deux parrains, qu'ils sont sans doute,  ont décidé de faire leur marché en se partageant le "business".

                                                        XXXXX


Les Rapaces

Pièce en un nombre d'actes indéterminés;

Acte 1 Scène 1

Nous sommes dans un palais luxueux, situé dans un pays que l'auteur anonyme - on parle dans les coulisses de Belzébuth- laisse à l'imagination du lecteur. Ce peut être en Arabie Saoudite par exemple.

Donald et Vladimir sont assis, détendus, dans de vastes fauteuils.

L'un "déguste" un Mac accompagné de Coca , l'autre un saumon arrosé d'un peu de Vodka

Donald à Vladimir:

- Premièrement,  tu gardes la Crimée. Je fais en sorte de me rembourser des aides qu'on a apportées à l'Ukraine, en me payant sur ses terres rares. Quand j'aurai mon compte, tu pourras aller jusqu'à Kiev. Le petit Volodymyr, on s'en tamponne. 

(Précision de l'auteur: "Nous sommes entre gens délicats")

- Deuxièmement, Tu me laisses prendre la Palestine.  Il y a des paquets de dollars à gagner. Évidemment, on laissera de la place à tes oligarques. Comme ça tu auras ta part.

Vladimir se redressant dans son fauteuil, jambes écartées:

-  Donald, c'est d'accord. Mais d'ici là pas d'appui à ce qui reste de l'Ukraine. Quant à Volodymyr ne t'en fais pas , je m'en occupe. Je sais faire. 

- Deuxièmement: tu lèves les sanctions contre la Russie parce que tu comprends, ça nous complique la vie ces histoires même si, comme tu le sais, vos sanctions, on les contourne.


Donald:

- OK  Vladimir. 

Un téléphone sonne; c'est celui de Donald.

 Donald:

- Attends, Vladimir, on m'appelle.

Il sort son portable: 

Donald:

- Allo ?

Puis ayant écouté quelque secondes:

- D'accord les gars. Là j'peux pas. J'vous rappellerai plus tard.

Il raccroche.

Vladimir:

- C'était qui ?

Donald:

- Macron et Scholz, ils veulent participer à nos discussions .


 Les deux éclatent  de rire et entre deux spasmes:

"C'est fou ce qu'on rigole tout de même."